#Edito

Nous avons besoin d’érotisme : c’est un fait culturel, politique et moral

#Edito

Nous vivons une époque paradoxale : Une saturation d’images sexuelles vidées de tout érotisme, enveloppée d’un obscurantisme persistant. Jamais le corps n’a été autant exposé, jamais le désir n’a été aussi peu mis en scène. Pornographie omniprésente, mais plus aucune tension. Du visible sans le sensible. Du mécanique sans l’imaginaire. Il va falloir se ressaisir…

Soyons clair, l ’érotisme n’est pas une transgression gratuite : il est l’art du désir, de l’attente, du regard, de la projection. Il est ce qui rend une idée désirable avant d’être acceptable. Ce qui adoucit les mœurs sans les anesthésier. Ce qui permet à un message — militant, artistique, politique ou commercial — de circuler sans passer par la contrainte ou la morale. 

Cette discussion autour de l’érotisme, je l’ai eu avec un directeur marketing qui tenait contre vent et marée à garder dans son image de marque une désirabilité qui selon lui adoucissait les mœurs. Bon certes pour aussi faire vendre ses produits mais la démarche de visualisation du monde était intéressante.

 

Plus blanc que blanc

En cherchant à assainir la culture au nom de l’éthique, nos sociétés, nos industries et nos dirigeants l'ont vidée de sa force vitale. Cinéma sans romance, récits sans séduction, personnages sans trouble : l’imaginaire contemporain se moralise, se neutralise, se rend inoffensif. Et donc… inopérant. Une culture sans érotisme devient pédagogique, jamais inspirante. Elle explique, elle n’entraîne plus et surtout elle t’impose sans te laisser choisir.

L’érotisme n’est pourtant l’apanage d’aucun courant idéologique. Il traverse les époques, les luttes, les esthétiques. Il a servi les avant-gardes comme les contre-cultures, les révolutions comme les grandes œuvres populaires. Parce qu’il touche à ce que nous partageons tous : le désir de lien, de beauté, de dépassement.

Là où l’érotisme disparaît, la culture se durcit ou se dessèche. Les échanges se crispent. Les récits deviennent des sermons. À l’inverse, là où il subsiste — dans certaines cultures visuelles, dans des industries créatives moins obsédées par la peur du regard — l’engagement reste vivant, la projection possible, l’avenir désirable.

L’érotisme n’adoucit pas seulement les mœurs : il rend le futur habitable.
Sans lui, il ne reste que des discours justes, mais sans souffle.
Et sans désir, il faut être clair : aucune société ne se transforme durablement. Aucune…