On a fini l'été 2026 fatigués, un peu sonnés par les images de forêts parties en fumée. Puis l'automne est arrivé, et avec lui ce vieux réflexe : tourner la page, se dire que l'année prochaine sera plus clémente. Rien ne permet de le croire. 2027 se prépare maintenant, dans les têtes autant que dans les territoires et c’est le rôle de goodd d’aborder le sujet dès maintenant !
Par Gaël Clouzard
Chaque automne efface un peu vite ce que l'été vient de montrer. Les sols mettent plus de temps à se recharger en eau qu'il y a vingt ans, les forêts arrivent à la saison chaude déjà éprouvées, les rivières s’évaporent et les pics de chaleur s'installent plus tôt qu'avant. Ce n'est pas une intuition, c'est ce que montrent les relevés d'année en année. Alors plutôt que d'attendre la prochaine alerte rouge pour s'inquiéter, autant regarder les choses en face dès maintenant.
Les incendies méritent qu'on soit précis. Une partie a une origine criminelle, c'est un fait établi et rien ne l'excuse. Mais un feu volontaire ne ravage pas dix mille hectares dans une forêt humide et bien entretenue : il le fait dans une végétation asséchée, sur un terrain où l'eau manque et où les massifs n'ont pas été débroussaillés depuis longtemps. La question n'est donc pas de choisir entre « c'est le climat » et « c'est criminel » — les deux se combinent, et c'est justement parce qu'on peut agir sur l'un des deux facteurs qu'on ne devrait pas s'arrêter au premier.
Sur les décisions publiques, personne n'a vraiment de leçon à donner à l'autre. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont trop souvent traité la prévention comme une variable d'ajustement plutôt qu'une priorité. Localement, certains élus freinent des projets utiles par scepticisme sur l'urgence du sujet, d'autres bloquent des aménagements de terrain pourtant nécessaires — débroussaillage, réserves d'eau, gestion forestière — au nom de principes qui s'appliquent mal à la réalité du risque. Le résultat est le même des deux côtés : on avance trop lentement, pendant que le climat, lui, n'attend pas.
Il y a pourtant un chantier commun à ouvrir, et il dépasse la seule question des pompiers et des budgets. Il va falloir, collectivement, réapprendre à vivre avec des étés plus chauds : ombrières et voiles tendues au-dessus des rues et des places, récupérateurs d'eau de pluie généralisés dans les villes pour limiter le gaspillage, revêtements et matériaux qui n'emmagasinent plus la chaleur, végétalisation pensée non pas comme un supplément esthétique mais comme une protection. Cela suppose de revoir en profondeur l'allure de nos villes, et de s'y préparer sans attendre que la prochaine canicule nous y oblige dans l'urgence. Pour résumer, une ville apaisée ne fait pas d’écologie mais de l’embourgeoisement écologique pour répondre aux aspirations de son électorat. Il va falloir pour les villes que ce soit Paris ou une petite ville de province comme Crocq (au pif) dans La Creuse non pas se bouger mais se transformer comme cela fut le cas au 19ème siècle avec Haussman pour Paris.
C'est là tout l'enjeu de cet édito : ni accuser, ni se résigner, mais rappeler que la marge de manœuvre existe encore, à condition de s'en saisir dès maintenant. Entretenir les forêts, sécuriser l'eau, adapter les villes, protéger les plus fragiles — rien de tout cela ne se décrète en pleine canicule. La canicule 2027, c'est maintenant, parce que nous avons l’automne, l’hiver et le printemps pour juste entreprendre un des plus grands chantiers que notre pays n’ait jamais connu et sans connaître la date de livraison du dit chantier…