Le sport n’est plus un simple terrain de jeu. Il est devenu un espace d’expérimentation sociale, mentale et écologique. À l’horizon 2035, nos manières de bouger racontent déjà nos manières de vivre. L’étude Le futur du sport d’ici 2035 réalisée par le cabinet Switch éclaire ces mutations profondes : un sport plus lent, plus collectif, plus conscient — et profondément politique. Le sport devient le miroir de nos tensions contemporaines. On est bien loin de l’ambiance Stade 2.
Par Eric Espinosa
ODD N°3 : Bonne santé et bien être
Jamais le sport n’a autant pesé dans l’équilibre des sociétés. Il agit sur la santé mentale, comme antidote au stress chronique et à la saturation numérique. Il recrée du lien social, dans un monde fragmenté. Il interroge enfin son empreinte écologique, entre grands événements énergivores et pratiques locales frugales. Le sport devient un révélateur de nos excès, mais aussi de nos capacités à réinventer des modèles plus soutenables.
Loin d’être un simple produit de divertissement ou de compétition, le sport est en pleine métamorphose culturelle. Il agit comme un levier de santé mentale, un vecteur de lien social et un laboratoire d’innovations écologiques et sociales. À l’horizon 2035, les pratiques et les imaginaires sportifs révèlent comment nos sociétés bougent — littéralement et symboliquement. goodd s’est penché sur les dix phénomènes structurants qui dessinent ce futur en mouvement.
1. Le plein air s’urbanise
La nature ne se limite plus aux parcs nationaux : elle s’invite en ville. Toits végétalisés, berges réinventées et friches deviennent des terrains d’expression physique et sociale. Ce mouvement reflète une réappropriation collective des espaces publics et un besoin de respirer et bouger au cœur de l’environnement urbain.
2. La technologie ne sert plus la performance, mais l’autonomie
Les outils numériques, capteurs et IA ne sont plus là pour mesurer simplement la vitesse ou la puissance. Ils sont des assistants de bien-être : prévention des blessures, régulation du sommeil, optimisation de la récupération, sécurisation des pratiques. La technologie devient un compagnon de santé plutôt qu’un coach de performance pure.
3. Le sport soigne
L’activité physique se pense comme soin de soi. Certaines pratiques visent explicitement à améliorer l’équilibre émotionnel, la régulation du stress ou la résilience psychologique. Yoga, marche consciente, mouvements sensoriels et rituels corporels deviennent des outils de santé mentale au quotidien.
4. La lenteur est un luxe
Dans une époque saturée par le rythme effréné, la slow performance — itinérance, aventure douce, désynchronisation — devient un choix esthétique et politique. On préfère faire moins mais mieux, redonnant au temps sa valeur et faisant du geste modéré une performance en soi.
5. Faire ensemble
Le sport se transforme en rituel communautaire. Les collectifs, clubs d’entraînement, groupes de pratique spontané deviennent des réponses physiques à l’isolement numérique. Le « nous » supplante de plus en plus le « moi », et la sociabilité physique redevient une expérience précieuse.
6. Vers un sport plus inclusif ?
L’ouverture à tous les corps — quel que soit l’âge, le genre, le niveau socio-culturel ou les capacités physiques — progresse, même si les obstacles subsistent. L’inclusivité devient norme culturelle : attirer et retenir des publics divers transforme les pratiques, les infrastructures et les discours.
7. Limiter, c’est préserver
La régulation n’est plus un frein mais un outil de qualité. Quotas, systèmes de réservation ou design d’accès aux espaces — aujourd’hui souvent perçus comme contraignants — deviennent des manières de préserver les milieux, de garantir de bonnes conditions d’expérience et de respecter les budgets attentionnels et environnementaux.
8. Bouger pour vivre plus longtemps
La longévité active s’impose comme une aspiration culturelle et une priorité politique. Plutôt que de courir après la performance jeune, on structure des parcours de vie où marcher, grimper, danser ou nager fait partie d’un projet de santé durable jusqu’à un âge avancé.
9. Culture-sport : la fusion
Les pratiques émergentes dépassent les catégories traditionnelles du sport. Danse, parkour, ride, breaking ou wings se mêlent à des expressions urbaines, visuelles et performatives. Le sport devient culture visuelle et artistique, un espace d’invention identitaire autant que de mouvement.
10. Réparer. Réutiliser. Réduire
L’économie circulaire s’installe dans l’univers du matériel sportif : textile technique durable, seconde main, réparabilité sont des critères d’achat et d’usage autant valorisés que la performance technique. Ce mouvement traduit une conscience écologique accrue du coût matériel du sport.
Ce que le sport dit de nos sociétés
Regarder ces tendances ensemble, c’est lire une autre histoire du sport : moins centrée sur les exploits et les records, plus tournée vers la qualité de vie, la justice sociale et la durabilité environnementale. Le sport de 2035 se conçoit comme un élément structurant de nos modes de vie, prolongement de nos valeurs et révélateur de nos tensions collectives.
À travers le sport, c’est une autre société qui se dessine : plus attentive aux corps, aux ressources, aux liens. Le sport de 2035 ne cherche plus à gagner, mais à composer — avec soi, avec les autres, avec le vivant.
Par Eric Espinosa
Retrouvez l’intégralité de l’étude ci-dessous :