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Circuit court : ce n'est plus une tendance, c'est une position

Circuit court : ce n'est plus une tendance, c'est une position

64 % des Français achètent en direct au moins une fois par mois, un chiffre figé depuis deux ans. Ce chiffre du 6e Baromètre Kantar-Pourdebon a retenu l’attention de goodd et raconte une France qui a fait de son panier une prise de parole. Mais attention à l’addition.

Par Eric Espinosa

Il fût un temps où acheter ses légumes au producteur relevait du geste militant, quelque part entre la conviction écologique et la coquetterie urbaine. Ce temps est passé. En 2026, 64 % des Français déclarent consommer en circuit court au moins une fois par mois. Le chiffre n'a pas bougé depuis deux ans. Dans une période où tout ce qui coûte cher recule, cette stabilité vaut mieux qu'une envolée : elle prouve que la pratique a quitté le registre de la mode pour entrer dans celui de l'habitude.

Une pratique qui change de génération

On imaginait le circuit court réservé aux retraités disponibles et aux cadres urbains. La première moitié tient encore : les 65-74 ans restent les plus assidus, à 74 %. La seconde vacille. Les 18-24 ans bondissent de douze points en un an, à 63 %. C'est le mouvement le plus spectaculaire du baromètre, et le plus contre-intuitif : ce sont les Français au pouvoir d'achat le plus contraint qui progressent le plus vite. Les CSP+ gardent leur avance, à 70 %, mais elle se réduit. Le circuit court cesse d'être un marqueur social pour devenir un réflexe partagé.


La géographie, elle, reste têtue. La Bretagne et les Pays de la Loire caracolent à 71 %, l'Auvergne-Rhône-Alpes suit à 70 %. À Paris, 41 % des habitants disent simplement ne pas avoir de point de collecte près de chez eux. Le désir est national. L'offre ne l'est pas.

Le panier est devenu un bulletin de vote

C'est l'enseignement le plus politique de l'étude : 76 % des personnes interrogées estiment que ne pas acheter français revient à financer l'économie d'un autre pays. Le chiffre est identique chez les hommes et chez les femmes, identique dans toutes les catégories socioprofessionnelles, et il dépasse 60 % dans chaque région. On cherchera en vain un clivage. Sur ce point précis, la France ne se divise pas. Corollaire logique, l'affichage de l'origine « France » motive l'achat de 84 % des répondants. Mais 67 % jugent cette information difficile à trouver ou mal indiquée. Le consommateur réclame une preuve, la filière lui répond par de l'approximation. Les marques régionales, elles, vieillissent : elles pèsent chez 57 % des 55-64 ans contre 42 % des 18-24 ans. Les jeunes veulent du local, pas du terroir folklorisé.


 

Le mur du prix

Voilà pour les intentions. Le réel est plus rugueux. Le prix demeure le premier frein, cité par 39 % des répondants, en hausse d'un point. Deux signaux méritent ici mieux qu'une note de bas de page : la préférence pour des aliments produits en France recule de six points comme motivation d'achat, et l'assurance d'une juste rémunération des producteurs perd trois points pour la deuxième année consécutive. Traduction : quand le budget se resserre, la solidarité passe après. On continue de penser qu'il faut soutenir l'agriculteur français, on cesse d'en faire la raison de son achat. Ce qui résiste, c'est le goût et la qualité, première motivation à 73 % et en progression. Le circuit court tient parce qu'il est bon, pas parce qu'il est juste. C'est moins flatteur. C'est plus solide et c’est ce qui nous a marqué lors de la lecture de l’étude. 

Le goulot d'étranglement n'est pas la conviction

L’autre indicateur le plus révélateur du baromètre est ailleurs. 29 % des Français déclarent ne pas savoir où trouver ces produits, soit neuf points de plus en un an. Dans le même mouvement, le sentiment de manque de choix s'effondre de six points, à 9 %. L'offre s'est diversifiée, mais elle est devenue illisible.

Le contenu du panier, lui, ne bouge pas : fruits et légumes en tête à 79 %, fromages à 53 %, viande à 47 %, charcuterie en hausse à 33 %. Le circuit court reste un achat de produits bruts, ce qui limite mécaniquement sa part dans la dépense d'un pays devenu accro au transformé.

Le paysage d'achat confirme le diagnostic. 81 % passent encore par le magasin ou le marché de producteurs. Mais 60 % des 25-34 ans commandent déjà en ligne, contre 10 % des plus de 75 ans. Deux France coexistent : celle qui connaît son maraîcher, et celle qui cherche une plateforme.

Un enthousiasme qui ne fait pas encore un modèle

La prudence reste de mise. Le recensement agricole ne dénombre qu'un peu moins d'un quart des exploitations vendant en circuit court, et il compte des fermes, pas des volumes. L'ADEME rappelle de son côté que le bénéfice environnemental dépend d'abord du mode de production, bien avant la longueur du trajet. Enfin, un baromètre mesure ce que les gens disent faire, rarement ce qu'ils font.

Le circuit court a gagné la bataille des idées. Il lui reste à gagner celle du quotidien : le prix, la visibilité et le maillage du territoire. Pour résumer, le circuit-court est bien en place, nous pouvons clairement nous en réjouir mais il y a encore du boulot.