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Industrie et climat : la créativité ne naît jamais de l’abondance mais toujours de la contrainte.

Par Pierre Gilbert

ODD N°9 : Industrie, Innovation et Infrastructure

Passer du haut-fourneau au bioréacteur, du feu à l’eau : un nouveau paradigme stimulant et bio-inspiré qui pourrait permettre à la France d’inventer le modèle industriel de demain. La période est propice aux grandes révolutions. Encore faut-il avoir le courage de les initier… Un billet d’humeur signé de l’auteur et prospectiviste Pierre Gilbert.

Aujourd’hui, les changements d’état de la matière sont opérés par la très haute température. 1500°C pour produire du ciment ou de l’acier, à peine moins pour le verre et certains plastiques. Au moins 35% des émissions mondiales sont liées à la nature carbonée de ces méthodes de production fainéantes.


Pourquoi fainéantes ? 

Car basées sur la facilité de l’hyperpuissance et l’abondance des énergies fossiles. C’est la voie du feu. Or la créativité ne naît jamais de l’abondance, toujours de la contrainte.
Le vivant, lui, a toujours privilégié la voie de l’#eau . Il produit des matériaux parfois plus solides que les nôtres à température ambiante, avec le moins de matière et d’#énergie possible, et des matériaux de base abondants.
Les diatomées produisent du verre à partir de la silice dissoute dans l’eau. On peut révolutionner l’industrie du verre. Nos molaires sont 4 fois plus solides que du béton en compression. On peut révolutionner l’industrie du ciment.
L’escargot aux pieds écaillés métabolise du fer pour renforcer sa coquille. Celle de l’ormeau est aussi solide que du blindage de char à épaisseur égale. On peut remplacer et produire des métaux autrement. Sans parler des bioplastiques, fibres végétales et autres composites bio-inspirés.


Comment ces prouesses sont-elles réalisées ? 

Avant tout grâce à des bactéries ou des enzymes spécifiques, présentes dans des organes spécialisés. Dans ces milieux aqueux – d’où la voie de l’eau – les molécules à transformer sont attirées, concentrées, coupées au ciseau par d’autres molécules appelées catalyseurs et recombinées.
Ce sont ces procédés qu’il faut inventer et/ou passer à l’échelle pour construire ce qui ressemblera plus à des alignements de bioréacteurs peu gourmands en métaux/énergie que des usines fumantes.
Mais aussi fascinantes soient-elles, ces techniques de #chimie douce sont plus lentes et moins productives – ce qui est par ailleurs parfait pour déployer ensemble #relocalisation et #sobriété – et renvoient à un imaginaire moins « yang ».


Le modèle économique doit aussi être différent

Les processus enzymatiques produisent d’autres types de molécules, en plus de celles que l’on veut. Il faut chercher à les valoriser économiquement, parfois via des usages inattendus, loin du corps de métier initial : cascade de valeur plutôt que chaîne de valeur – et c’est aussi le modèle économique de la #nature.
Alors, qui de mieux placé pour développer avec les différentes industries intensives en chaleur les bioréacteurs de demain ?
En France, l’#industrie pharmaceutique est particulièrement puissante. Dans une logique de diversification économique nécessaire – puisqu’il faut faire atterrir la surconsommation de médicaments ne traitant que des symptômes – elle est très bien placée pour aider les autres secteurs dans cette révolution.

 

Pierre Gilbert

Co-fondateur de Sator.fr, Prospectiviste, auteur et conférencier

© Visuel Max Bender

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