Sélectionner une page

Habitat : un bateau pour voguer sur terre ferme

Par Florence Berthier

Société
Innovation
Créativité

Entre 6 et 8,20 mètres, ces petits bateaux dépollués, rénovés et transformés en hébergement nous embarquent dans un nouveau sillon pour concevoir différemment notre habitat. 

Les Tiny houses et autres containers aménagés en studio ou cabanes dans les arbres font des émules à l’initiative de Bathô*, un chantier naval insolite car proposant des expériences uniques, authentiques et même poétiques. « À savoir des croisières immobiles », comme les décrit Thibault Saint Olive, ingénieur dans la construction navale et directeur Opérations de Bathô. Lancé en 2017 à Rezé au sud de Nantes, et repris par 4 partenaires depuis peu, ce chantier récupère des bateaux de plaisance de plus de 40 ans laissés à l’abandon et qui ne peuvent plus naviguer pour les réemployer en hébergement pour particuliers (gîtes), campings et hôtellerie de plein air.

 

Redéfinir notre rapport au logement 

Outre le double avantage de transformer l’existant plutôt que de détruire, et de recycler des bateaux en polystyrène -très polluant, pour lequel aucune solution de retraitement n’a été encore trouvée-, Bathô n’est pas non plus un artefact. Il apporte sa contribution à notre rapport au logement (collectif, individuel, ancien ou non, citadin ou non…), au centre de nos préoccupations et de notre économie. Ce chantier naval atypique et innovant entre en effet de plein pied dans ces nouveaux imaginaires de l’habitat de demain voire d’aujourd’hui. Avec ses bateaux assainis et revisités pour de multiples usages, il invite à une nouvelle forme de récit où on passe à l’acte concrètement pour concevoir l’habitat différemment dans une perspective d’économie circulaire et régénérative.      

  

Un nouvel imaginaire dans une perspective d’économie circulaire et régénérative 

Avec son équipe très polyvalente (3 menuisiers et un alternant), et grâce à un partenariat avec l’APER*** depuis septembre 2022, le jeune directeur des opérations repère un certain type de bateaux, le Sangria de 8,20 mètres et quelques autres de plus ou moins 6 mètres. Une fois nettoyés, dépollués et déstructurés, ces bateaux sont entièrement transformés et équipés aux normes attendues en matière de confort, de technologie et de sécurité (isolation avec un enduit 100% éco responsable, collage, ventilation, eau, électricité, sanitaire, raccord aux panneaux solaires et/ou éoliennes, sellerie nautique…). « Tout est conçu comme sur un bateau naviguant avec pour objectif d’optimiser la durabilité de ce nouvel hébergement pour 15 à 20 ans », détaille T. Saint Olive. Le tout affichant un design sur mesure aussi coquet que créatif et personnalisable selon les clients. Leur installation ne requiert pas plus de deux jours.

Recycler et transformer pour de multiples usages très concrets

Et déjà le chantier a livré pas moins d’une dizaine de commandes. D’abord, pour le Bathô type, un hébergement de 2 à 4 personnes doté d’une terrasse avec voile d’ombrage, et qui a fait le plein dans les campings où il est installé. Chaque projet représente 500 heures de travail pour un coût moyen de 26 à 28 000 euros HT. « C’est moins cher qu’un bungalow mais son amortissement se fait sur 4/5 ans en raison de sa capacité d’accueil plus petite. Toutefois au vu de l’excellent taux de remplissage, le retour des exploitants qui ont investi, est très positif », complète T. Saint Olive.  

L’autre gamme moins chère est le Bathô déstructuré. « Avec ce concept », explique-t-il, « nous créons deux modules à partir d’un seul bateau ». Ainsi sa pointe à la verticale peut être recyclée en cuisine, en sanitaire ou en boîte à livres, et son cockpit en table de pique-nique ou en espace de convivialité. « On peut ainsi créer un ensemble pour un même site », poursuit T. Saint Olive qui envisage, pour le compte de Port Saint Louis du Rhône, de passer à l’échelle du village bateaux avec 18 unités d’hébergement, de boutiques, de lieux de réunion ou de fête… Une réflexion menée également avec Quiberon qui cherche une solution pour répondre à la problématique de l’habitat saisonnier. « C’est une thématique récurrente et nous avons un rôle à jouer tout comme pour le logement d’urgence auquel les mairies doivent faire face notamment pour héberger les personnes victimes de violences ».  

Enfin et toujours dans cette optique de recycler encore plus de bateaux mais aussi de multiplier les offres et d’être plus compétitifs en termes de coûts, de temps de production et de prix, il va en découper certains en tranches plus étroites pour proposer aux entreprises des bulles de sieste ou de skype qui répondront ainsi de façon ludique et en accord avec leur politique RSE, à leur obligation d’installer un espace repos. 

Tandis que d’autres plus endommagés et impropres à un usage extérieur, sont quand même rénovés pour devenir une salle de réunion dans un restaurant. Fonctionnels, non intrusifs et beaux, ces modules opèrent une césure radicale avec le quotidien des participants en les invitant à monter à bord et à partir pour l’aventure. Rien de mieux pour libérer son imagination, innover et réussir une team building. Et tout cela sans avoir le mal de mer. En avant toute !

 

Florence Berthier

* Agréé ESUS et dans l’ESS pour le tourisme durable

** Groupe SOS Paris, Darwin, Profil Grand Large, Amundi

*** Association pour la plaisance éco-responsable 

Abonnez-vous à la goodd.letter

Vivons-nous vraiment une “crise climatique” ?

linkedintwitterVivons-nous vraiment une “crise climatique” ?La Une du quotidien Le Monde du 4 janvier 2023 interpelle : « La crise climatique s’impose d’emblée en 2023 ».  La lecture de ce titre fait forcément réagir chez goodd car il met en évidence les effets du...

La crise climatique vue par Voltaire et Montesquieu

linkedintwitterL'urgence climatique vue par Voltaire et MontesquieuPar Thibaut Dauphin Docteur en science politique, Université de BordeauxSociétéInnovationCréativitéQuand on évoque aujourd’hui le dérèglement climatique, deux positions antagonistes apparaissent...

Vous pourriez aimer

Foirer ces études, ça arrive. Mais pas sa culture G !

Foirer ces études, ça arrive. Mais pas sa culture G !

linkedintwitterFoirer ses études, ça arrive. Mais pas sa culture G !« Passe ton bac et après on verra ». Qui n’a pas déjà entendu cette petite musique parentale insistant sur le fait de réussir ces études ? Alors oui, réussir son parcours scolaire puis universitaire...