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Eric Duverger : « L’économie régénérative est le modèle dans lequel on doit s’inscrire, la raison d’être est la mission de l’entreprise dans ce qu’elle veut apporter à la société»

Par Florence Berthier

Société
Innovation
Créativité

En créant la Convention des entreprises pour le climat en 2021, le seul objectif d’Eric Duverger était que les entreprises françaises s’emparent du sujet de la planification écologique et de l’économie régénérative, qu’elles montrent qu’elles en ont sous le pied en se remettant en cause de manière fondamentale, en trouvant leur nouvelle raison d’être à la hauteur des enjeux de la société et de la planète. Pour en faire une opportunité. 150 d’entre elles ont répondu à l’appel et leurs numéros 1 se sont pris au jeu. Une initiative d’autant plus vertueuse qu’elle provoque un alignement collectif des acteurs, économiques, politiques, institutionnels et particuliers. Eric Duverger nous raconte cette entreprise de demain comme une normalité qui diffuse déjà.

 

GOODD : à quoi doit ressembler l’entreprise de demain ?

Eric Duverger : ce sera celle qui parviendra à établir un équilibrage entre les personnes qui travaillent pour et autour de l’entreprise, et la planète. Et plus précisément, ce sera celle qui conciliera le facteur humain, la consommation d’énergies et les limites planétaires. De plus, sa pérennité économique ne reposera plus seulement sur le combo profits générés/richesse maximisée des actionnaires mais sur la bonne rémunération de ses salariés et l’investissement dans son futur. Ainsi sa raison d’être représentera une valeur positive et durable pour la société, car elle sera perçue comme une entreprise à impact et utile à travers ses produits et/ou services.

Or aujourd’hui, on n’estime que seul 1% des entreprises dans le monde remplissent ces finalités. C’est dire si le challenge de la transformation de l’univers des entreprises est grand. Mais c’est un bon stimulus. Et c’est ce qui fait la beauté de la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC), qui a réussi à réunir 150 entreprises de tous secteurs et de toutes tailles et à les faire réfléchir sur comment se remettre à l’intérieur de la planète tout en se développant. Avec à la clef 150 feuilles de routes bien concrètes. Celles-ci ont permis, en outre, d’élaborer une plateforme de propositions politiques pour initier une nouvelle loi climat et résiliente.


GOODD : l’économie régénérative est-elle la raison d’être de l’entreprise de demain ? 

E.D. : absolument, c’est la cible, le standard. C’est là où doit aller toute entreprise. L’économie régénérative est le modèle dans lequel on doit s’inscrire, la raison d’être est la mission de l’entreprise dans ce qu’elle veut apporter à la société. Ainsi, Babilou prend soin des tout petits grâce à l’éducation durable, et Pierre & Vacances dans le tourisme, propose des expériences « Nature ». 

A chacune son cheminement. Sachant que si quelques-unes ont déjà une trajectoire et sont en phase d’adaptation, beaucoup en sont au stade du renoncement, c’est-à-dire d’abandonner un segment ou un business model, tandis que d’autres en sont encore au retournement, c’est-à-dire qu’elles doivent trouver comment faire différemment.

GOODD : comment embarquer les entreprises françaises ? 

E.D. : le point de départ est d’embarquer les personnes. Et la force de la CEC a été d’engager les numéros 1 et les équipes dirigeantes, en les touchant au cœur en leur faisant prendre conscience que l’écart entre ce qu’elles font et ce qu’elles devraient faire face à ces enjeux, est beaucoup trop important. C’est ce que j’appelle la dissonance. Ce collectif a réussi à engager ces dirigeants autour d’un même constat face à la gravité de la situation et la pertinence de la dynamique à travailler ensemble. 

Tout part des personnes et le mouvement est intergénérationnel. Mais il est tout de même plus facile d’embarquer des femmes que des hommes et des PDG de PME/PMI que du CAC 40. Mais malgré cette grande diversité si on prend le temps, parce que tout n’est pas que cérébral, scientifique et business et que les personnes jouent le jeu, très vite on trouve de nouvelles pistes. A l’appui le taux de réponses positives à l’issue des 6 sessions de travail que nous avons mené pendant ces 11 mois Ainsi la première qui portait sur le constat climatique a remporté la note de 9,2/10. Nous venons de la proposer au gouvernement dans le cadre d’un séminaire avec 20 heures de formation pour les ministres. 

 

GOODD : vous parlez beaucoup de dissonance. Pouvez-vous en préciser les contours et nous dire ses corollaires ?

E.D. :  la dissonance relève de l’intérieur. De ce que l’on perçoit comme décalage entre ce qu’on fait au quotidien et ce qu’on sait au fond de soi sur ce qu’on pourrait vraiment faire. 

Conscient de cet écart, on aligne naturellement ses valeurs et ce qui est juste pour la planète. Ce qui nous permet d’être en résonance avec le collectif. Car en effet quand on vit ce cheminement avec d’autres, on se comprend, on partage, on est dans un même élan, on crée une dynamique plus puissante. Et bien souvent des relations d’amitié se sont nouées au sein de la CEC, au point que les participants veulent une suite et prolonger l’expérience.   

 

GOODD : l’autre pierre angulaire de la CEC est la planification écologique. A-t-elle réussi à faire porter ce message ? 

E.D. : Oui car c’est le plus grand sujet de tous les temps et que tout doit être repensé. Oui parce que plus qu’une idéologie c’est une méthode. De plus, il manquait au gouvernement un nouveau plan pour être véritablement à la manœuvre. D’où une collaboration avec Shift Project, think tank co-fondé par Jean-Marc Jancovici et qui intervient dans le débat sur la transition énergétique en œuvrant pour une économie libérée de la contrainte carbone dans 15 secteurs. Avec comme objectif dès 2050 que les entreprises françaises soient organisées dans un même plan tourné autour des principes de sobriété et d’optimisation écologique. 

Tout l’enjeu est de faire en sorte que tous les acteurs économiques poursuivent cette trajectoire avec les entreprises et leur transformation, les institutions publiques et politiques pour les régulations et les consommateurs et leurs comportements. 

Cet alignement collectif est déjà opérationnel grâce à des actions hyper concrètes, des groupes de travail récurrents, un suivi d’évaluation et des points d’étape. C’est aspirationnel et ça donne envie pour créer des produits, des services, des matériaux, des métiers… et sur ce dernier point, il s‘agit désormais d’anticiper plutôt que de subir avec des personnes qui auront du mal à se recycler. Il y aura, par exemple, un besoin dans les métiers en lien avec l’agriculture et les services mais moins dans ceux en lien avec le commerce. De nouvelles élites sont à imaginer et nous travaillons en amont avec des écoles sur le sujet.

 

GOODD : la formation express proposée aux nouveaux députés par « Pour un réveil collectif », collectif de scientifiques, le 20 juin dernier, ou Alizée, militante de « Dernière rénovation » qui s’est enchaînée au filet d’un terrain de tennis lors de la demi-finale à Roland Garros, servent-elles la cause ? 

E.D. : c’est bien d’aller un peu partout et de faire en sorte que les médias en parlent. La formation à l’Assemblée nationale a été bien faite et a profité à un bon nombre de députés. J’aime bien cette approche de vouloir changer avec les personnes et de l’intérieur, où on se retrousse les manches et on travaille ensemble. C’est mieux que des manifestations, des invectives ou du greenwashing. C’est mieux de tendre la main et d’y aller pas à pas. 

On a besoin aussi des activistes comme Greta Thunberg ou Alizée qui jouent leur rôle de prise de conscience auprès du public même si on sait que les effets sont peu transformables. 

 

GOODD : Enfin, Eric Duverger, êtes-vous heureux ? 

E.D. : satisfait face à cette étape plus que prometteuse. C’est la preuve que l’action a des vertus et que notre parcours est efficace. Pourtant la montagne qui reste à franchir est énorme et je suis hyper chargé pour organiser tout ce qui s’annonce. 

J’ai pris deux ans sabbatiques mais pour bien continuer et rendre le modèle pérenne, et épauler la centaine de bénévoles actifs, on a besoin d’aide. 

Nous devons répondre à plus de 30 projets de sollicitations ou de réplications au niveau régional, européen et dans des filières économiques. Nous devons également nous préparer pour pouvoir embarquer encore plus de monde, rayonner et déclencher une bascule vers une entreprise rééquilibrée qui devient la normalité. Et diffuse. 

 

Florence Berthier
© Visuel Matt Duncan

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